Jeanne Fauquenot lors d'une randonnée.
INSPIRATION

Interview : Jeanne Fauquenot, marcheuse au long cours et passionnée d’itinérance en solo

Jeanne Fauquenot est une marcheuse au long cours passionnée et présidente de l’association Les marcheurs fous. Un beau jour, n’étant plus épanouie dans sa vie, Jeanne décide de sortir de sa zone de confort en partant randonner seule pour la première fois de sa vie. Êtes-vous prêts à découvrir ses aventures ? C’est parti !


Hello Jeanne, peux-tu te présenter ? Comment as-tu attrapé le virus de la randonnée ?

Salut, je vais essayer de me présenter de façon la plus factuelle possible. Je m’appelle Jeanne, j’ai 31 ans, j’ai été historienne de l’art, puis randonneuse au long cours avant de devenir libraire et j’aime beaucoup cette nouvelle casquette. Mais ça ne m’empêche pas (pour le moment) de repartir marcher cet été. Si je suis un peu moins conventionnelle, je suis surtout une grande rêveuse, une acharnée du travail, une femme qui croit en l’égalité et qui souhaite le bonheur à tous. C’est très probablement plus moi, ça.


Pour ce qui est de la randonnée, je n’ai pas vraiment attrapé de virus. Pour être franche, je n’avais jamais randonné, il y a encore 3 ans. Mais en 2019, je ne m’épanouissais plus dans mon job, j’avais l’impression d’être une coquille vide. Ça fait un peu cliché, mais c’était sincèrement ce que je ressentais. Et une idée me trottait dans la tête depuis quelques mois, je voulais marcher, tester l’itinérance, sortir de ma zone de confort comme disent les sportifs. Bref, j’étais curieuse d’une toute nouvelle expérience. Je souhaitais expérimenter quelque chose de plus doux, de plus ressourçant, de plus profond que tout ce que j’avais déjà testé.

Qu’est-ce que la marche au long cours ? Quelles-sont tes différents périples et quelle expérience t’as le plus marquée ?

Je ne saurais vraiment définir la marche au long cours. Avec les adhérents de l’association francophone de randonnée au long cours, Les marcheurs fous, dont je suis la présidente, on s’est mis d’accord pour dire que c’était une grosse parenthèse dans nos vies respectives, quelque chose de l’ordre d’au moins un mois de marche. Le nombre de kilomètres ne compte pas réellement, c’est plus l’effort que tu fais pour vraiment couper avec ton quotidien et tester une nouvelle façon de vivre pendant un temps qu’on peut juger de long. Après, cette définition risque d’évoluer, car c’est une activité qui a de plus en plus le vent en poupe ; à l’image des États-Unis et leur 3 grands thru-hikes.
Pour ma part, j’ai débuté la randonnée, en 2019, en marchant 2 100 km entre le Puy-en-Velay et Finistère (en Espagne). C’est aussi plus communément connu sous le nom de chemin de St Jacques de Compostelle. 

Puis j’ai récidivé, en 2020, en ralliant le Mont St Michel à St Nazaire en 2 300 km, mais cette fois-ci, en autonomie (tente, réchaud, sac de couchage, etc.). Il s’agit du GR 34, le sentier des douaniers. Une toute nouvelle expérience, bien plus libre mais aussi plus compliquée, car le sac était 2 fois plus lourd que la première fois. 
Et en 2021, j’ai relié Dunkerque à Menton, en 2 800 km, en suivant (plus ou moins) la frontière Est française et en passant par les massifs des Vosges, du Jura et des Alpes. J’y ai appréhendé la randonnée en montagne et sincèrement, ça a été une expérience hors du commun, difficile mais, plus qu’enivrante.

J’ai adoré toutes mes randonnées, je m’y découvre un peu plus à chaque fois. Elles m’ont toutes marquées à leur manière, donc j’avoue que j’aurais du mal à en valoriser une plus que l’autre.


Qu’est-ce qui t’as poussé à partir seule à l’aventure ? Quelles sont les sensations que l’on peut ressentir quand on marche seul ?

Partir seule, la première fois, a été une nécessité. J’avais besoin de vraiment me ressourcer, de me découvrir et de me faire face. Car j’étais très clairement perdue. Vis-à-vis de ce que je vivais, de qui j’étais, des valeurs que je défendais. Partir seule, c’était oser me faire confiance, ne plus me reposer sur les autres ou porter les autres. Ça a été un moment vraiment particulier de ma vie où j’ai fait quelque chose pour moi et seulement moi. Sans injonctions de qui que ce soit ou quoi que ce soit.

Je me suis réellement découverte au travers de l’effort physique, mais surtout de cette solitude. Cette chose que l’on passe notre temps à fuir et qui pourtant est pleine de promesse. Ensuite, c’est devenu une habitude, une envie, mais surtout un fait. Qui a envie de partir 3-4 mois randonner ? Qui peut le faire ? Très clairement, pas mon mari. Alors on a trouvé un équilibre. J’ai besoin de la marche, seule, qui plus est, ce qui lui laisse plein de temps pour bosser (notamment l’été). Et j’ai la chance de l’y retrouver de temps en temps. Ce sont nos moments sacrés à nous ces mois d’autonomie. 

Il n’y a rien de plus valorisant je trouve que de choisir sa vie. À chaque départ, c’est un choix ; mais à chaque retour aussi. Et c’est ce qui me permet de me réveiller le sourire aux lèvres, tous les matins. Je prends ma vie en main, de façon bienveillante mais dynamique. Et ça me va bien. 

Jeanne Fauquenot marche au long cours

Tes conseils pour se lancer et oser partir à l’aventure ?

Je ne peux me placer en la personne qui a la recette miracle. Je ne suis pas de bon conseil, je préfère écouter les gens (en règle générale). J’ai, juste, pris la décision de me lancer, car ça me débordait et il fallait que je le fasse. Sans prendre en considération les peurs de mes proches, les reproches de la société et les incompréhensions du reste du monde.

J’ai osé, une seule fois, me faire confiance et m’écouter ; et ça a changé ma vie. Je n’ai pas de phrase toute faite pour vous aider à vous lancer ou vous motiver à le faire. Mais j’espère qu’au travers de ces expériences, que j’ai vécu et que je documente, vous trouverez l’envie de vous écouter et de vous lancer dans ce qui vous semble bon pour vous. Faites-vous confiance, vous avez les ressources nécessaires en vous. 

Qu’est-ce que ces expériences ont changé dans ton quotidien ?

Tout un mode de vie. Je fais de plus en plus attention aux gens qui m’entourent et j’essaie de consommer mieux. Je me rends compte de l’importance des petits commerces que ce soit pour se sustenter ou d’un point de vue social. J’ai découvert le travail des agriculteurs à mesure que j’arpentais les campagnes françaises ; et quel métier ! J’essaie de faire preuve de plus de patience, de moins de jugement. Mais je crois aussi plus en moi, en mes valeurs et donc aux gens qui m’entourent. 

Sortir de mon pré carré professionnel, social et culturel m’a permis de découvrir la beauté de notre planète et de ses habitants. Je peine de plus en plus à laisser passer sous silence les incohérences auxquelles je fais face. Mais pour autant, je ne jette la pierre à personne, nous sommes humains après tout


Peux-tu nous partager une anecdote ?

Avec 7 000 km à pied au compteur, je dois bien avouer que j’ai beaucoup d’anecdotes. Allant de l’extrême fatigue me donnant l’impression que je n’y arriverai jamais. À la joie indescriptible de l’arrivée après plusieurs milliers de kilomètres à pied. Je me suis aussi fait attaquer par des patous dans les Alpes. Autant dire que ça n’a pas été une partie de plaisir lorsque j’ai croisé un nouveau troupeau, le lendemain. Il y a aussi la peur qui te paralyse quand tu comptes le nombre de secondes qui séparent la lumière du bruit de l’éclair lors d’un orage en montagne ; et que tu te rends compte qu’il est vraiment juste à côté, que tu es à sa merci et que rien ni personne ne peut quoi que ce soit pour toi, sous ta tente, à ce moment-là.

L’être humain a tendance à se penser invincible, mais la nature nous rappelle bien notre état de simple humain lorsque l’on y fait face, dans ces situations, ça nous remet à notre place et ce n’est pas plus mal.

Des femmes qui t’inspirent dans le monde de l’outdoor ?

Je dois bien avouer que je ne connais pas très bien le monde de l’outdoor. Je suis issue d’autres milieux sportifs et d’une famille de femmes au caractère bien trempé. Mais quel que soit le sport, les femmes peinent à se faire un nom, alors qu’elles n’ont pas moins de mérite. J’ai grandi sans modèle féminin sportif. J’ai fait beaucoup de rugby où il n’y avait pas de médiatisation au féminin (mais ça change, par chance). Puis j’ai évolué dans le monde du Crossfit, où les femmes n’en sont pas vraiment car, elles sont « trop » musclées. Elles ne « collent » pas à l’image sociale de la femme, en gros.
Bref, il m’a fallu me construire seule et je dois bien avouer que j’espère que ça changera et que, quel que soit notre genre et notre couleur de peau, nous pourrons trouver des modèles afin de croire en nos propres rêves. 

Plus tard, j’ai découvert Alexandra David Néel, elle est une vraie source d’inspiration et Sarah Marquis aussi. Je dois bien avouer qu’une de mes amie, Lina Guerin, joueuse de l’équipe de France de rugby à 7 est aussi une sacrée source d’inspiration, mais on sort de l’outdoor et si je me lance à digresser, bon nombre de femmes vont être énumérées, car elles le méritent.

Nous remercions Jeanne de nous avoir livré son récit ses précieux conseils. N’hésitez pas à aller faire un tour sur le compte de Jeanne Fauquenot @histoires_de_voyage et à nous dire sur Instagram @feelthecampvibes si vous aimez le concept ! Si vous aimez les interview, on vous conseille notre article sur Camille, la fondatrice d’Outtrip.

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